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Sexualité en thérapie : qui fait quoi, et comment collaborer ?

En tant que sexologue clinicien et thérapeute de couple, j’échange souvent avec des professionnels de la relation d’aide — psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, thérapeutes de couple, conseiller·e·s conjugaux·ales — qui se sentent mal à l’aise pour aborder la sexualité de leurs patients.
Ils /elles ont peur d’être intrusifs, de ne pas savoir quoi dire, ou de se retrouver face à des questions techniques (dysfonctions, traitements, examens) qu’ils/elles ne maîtrisent pas.

La formation « La dimension sexuelle en psychothérapie » a été conçue pour répondre exactement à ce besoin : donner aux professionnels non sexologues des outils concrets pour intégrer la sexualité dans leur pratique, sans se transformer en sexologues, et en sachant précisément à quel moment et vers qui orienter.

Mais avant d’entrer dans les outils, il est essentiel de clarifier les territoires de chacun : médecin sexologue, sexologue clinicien non médecin (sexothérapeute), et thérapeute « général » de la relation ou du couple.

Pourquoi la sexualité doit être abordée en thérapie

La sexualité n’est pas un « chapitre supplémentaire » de la thérapie : elle est un axe de santé, de lien et d’identité. Des études montrent que près de 76% des patients souhaitent que leur thérapeute initie la discussion sur leur sexualité, alors que 60% des professionnels de la relation d’aide n’interrogent pas ou peu leurs patients sur ce sujet. Ce décalage crée un évitement qui coûte à l’alliance thérapeutique.

La Stratégie nationale de santé sexuelle (SNSS) 2017‑2030 inscrit la santé sexuelle comme composante de la santé globale, au même titre que la santé mentale ou somatique, et appelle à une meilleure intégration de la sexualité dans les parcours de soins. L’AIUS (Alliance interprofessionnelle pour la santé sexuelle) souligne également que tout professionnel de santé doit savoir et faire savoir que les troubles sexuels sont des marqueurs de santé globale et de hygiène de vie.
cf Stratégie nationale de santé globale

Aborder la sexualité en thérapie, ce n’est pas « faire de la sexothérapie » : c’est simplement reconnaître que la sexualité est un enjeu majeur lié au bien-être comme à la souffrance, et qu’elle peut être un levier puissant de compréhension et de changement.

Médecin sexologue : l’expertise médicale et les dossiers organiques

Le médecin sexologue (généraliste, gynécologue, urologue, andrologue, psychiatre spécialisé) est le professionnel qui a le droit :

  • de réaliser un examen clinique (avec déshabillage, toucher, etc.) ;
  • de poser un diagnostic médical ;
  • de prescrire des traitements (médicaments, dispositifs, bilans) ;
  • d’orienter vers des bilans spécialisés (hormonaires, cardiologiques, etc.).

Sa place est centrale lorsque :

  • il y a une suspicion de cause organique (troubles de l’excitation, éjaculation précoce avec composante physiologique, douleurs sexuelles, etc.)
  • le patient est sous traitement qui peut impacter la sexualité (ex : antidépresseurs)
  • il faut évaluer des risques médicaux (cardiaques, hormonaux, etc.)
  • le patient demande explicitement un avis médical ou un traitement.

Le médecin sexologue intervient donc en première ligne pour le « bilan médical » : il écarte les causes purement organiques, ou les traite, avant ou en parallèle que la dimension psychologique et relationnelle ne soit travaillée en profondeur.

Sexologue clinicien non médecin (sexothérapeute) : la prise en charge psychologique et éducative de la sexualité

Le sexologue clinicien (ou sexothérapeute) non médecin est un professionnel formé spécifiquement en sexologie clinique. Le titre de s’exologue n’étant pas réglementé, il existe de nombreuses formations, universitaires et privées, et des cadres de pratiques très différents.
Un consensus est tout de même en train de naître sur la nécessité, pour un bon exercice de la sexologie clinique : d’une formation théorique et pratique d’au moins deux ans apportant des connaissances basées sur l’état des savoirs scientifiques, d’une formation continue par la suite, d’une thérapie individuelle, d’une supervision de sa pratique, et du respect d’une certaine déontologie… que chaque association ou syndicat tente de formaliser (en général au moins : aucune relation sexuelle avec le patient, le respect de l’anonymat, collaboration interdisciplinaire quand nécessaire).
cf La charte éthique du SNSC

Son champ de compétence couvre :

  • les troubles sexuels fonctionnels (désir, excitation, éjaculation, orgasme, douleurs) étiologiquement non organiques
  • les usages de la sexualité (compensation, gestion du stress, contrôle, pouvoir)
  • les récits, imaginaires et croyances autour de la sexualité
  • la dynamique couple et les écarts de désir
  • la psychoéducation sexuelle

Le sexologue clinicien ne prescrit pas de médicaments et ne fait pas d’examen clinique. Il travaille par l’entretien, la psychothérapie, la sexothérapie de couple, et des exercices non sexuels en cabinet (type relaxation, méditation, par exemple) et des exercices qui peuvent se faire en contexte sexuel, mais dans ce cas à domicile.

Le travail en réseau est central dans mon métier de sexologue clinicien : après avoir écouté une plainte, j’aide les patient.e.s à organiser leurs symptômes en fournissant des informations scientifiquement correctes, en présentant les causes et les pistes de traitement possibles.
J’explique alors les différentes possibilités de prise en charge possible.
Par exemple, si une cause organique est soupçonnée, c’est un professionnel de santé (généraliste, urologue, gynécologue) qui pourra faire les examens nécessaires et poser un diagnostic.
Si une rééducation périnéale doit être envisagée, cela pourra être fait suivant les cas par les patientes elles-mêmes à la maison, ou bien avec un.e kinésithérapeute spécialiste.
Ou encore, dans le cas d’une addiction au porno, un travail sur l’aspect purement sexuel peut se faire en parallèle du suivi de l’addiction par un addictologue ou un CSAPA.
Il arrive aussi qu’une psychothérapie puisse être suivie par ailleurs pour intégrer un trouble de stress post-traumatique, en parallèle d’un travail en sexothérapie et/ou en thérapie de couple.

Thérapeute de la relation ou du couple (non sexologue) : intégrer la sexualité sans se transformer en sexologue

Le thérapeute « général » (psychologue, psychiatre, psychothérapeute, thérapeute de couple, conseiller·e·s conjugaux·ales) a pour rôle principal :

  • d’accueillir la souffrance psychique, relationnelle, identitaire
  • de travailler les dynamiques familiales, d’attachement, de pouvoir, de trauma
  • de soutenir le développement personnel et la qualité de vie

Dans cette posture, la sexualité peut être abordée comme :

  • un lieu de souffrance (perte de désir, douleurs, anxiété de performance)
  • un marqueur de relations (pouvoir, contrôle, rejet, fidélité)
  • un vecteur de symptômes (décompensation anxieuse, dépressive, trauma)
  • un lieu de développement de soi et un levier de changement (renouer avec le corps, la confiance, l’intimité)

Ce thérapeute n’a pas besoin de maîtriser les protocoles techniques de sexothérapie, ni de poser un diagnostic sexologique fin. Il peut :

  • initier l’entretien clinique sur la sexualité de manière simple et éthique
  • écouter les récits, les émotions et les blocages
  • identifier les mécanismes psychologiques et relationnels sous‑jacents
  • déculpabiliser le patient grâce à la psychoéducation
  • décider, quand c’est nécessaire, d’orienter vers un sexologue clinicien ou un médecin sexologue.

La formation proposée vise exactement cela : donner aux thérapeutes non sexologues la sécurité clinique pour inclure la sexualité dans leur pratique, sans chercher à devenir sexologues, mais en sachant reconnaître les limites de leur champ et orienter vers le réseau de soin adapté.

Où collaborer ? Trois zones de prise en charge

1. Zone « médicale » : bilan, organique, traitement

  • Acteur principal : médecin (sexologue, urologue, gynécologue, généraliste).
  • Quand : suspicion de cause organique, besoin de bilan, traitement médicamenteux, douleur sexuelle avec composante physiologique, comorbidités médicales.
  • Collaboration : le sexologue clinicien peut réorienter vers un médecin pour un bilan, une prescription, ou pour écarter des causes organiques en début de suivi sexologique.

2. Zone « sexologique » : troubles fonctionnels, psychoéducation, sexothérapie

  • Acteur principal : sexologue clinicien (sexothérapeute).
  • Quand : troubles sexuels fonctionnels (désir, excitation, éjaculation, orgasme, douleurs), écarts de désir, anxiété de performance, usages de la sexualité.
  • Collaboration : le psychothérapeute peut orienter vers un sexologue clinicien quand la demande est centrée sur la sexualité et nécessite des protocoles spécifiques.

3. Zone « thérapeutique » : souffrance psychique, relationnelle, identitaire

  • Acteur principal : thérapeute individuel ou de couple (non sexologue).
  • Quand : dimension sexuelle comme symptôme ou marqueur de dynamique plus large (trauma, attachement, conflit, pouvoir, dépression, anxiété).
  • Collaboration : le thérapeute peut aborder la sexualité dans son cadre habituel, et orienter vers un sexologue ou un médecin quand la demande devient technique ou médico‑sexologique.

Quand et comment réorienter ?

Un objectif concret de cette formation est que les professionnels de la relation d’aide soient capables :

  • de mener un entretien clinique sur la sexualité (individuel ou couple)
  • de savoir quoi écouter (récits, blocages, émotions, dynamiques)
  • de libérer la parole
  • de repérer les limites de leur champ (troubles fonctionnels, besoin de bilan médical)
  • de réorienter ou de mettre en place un travail pluridisciplinaire avec un sexologue ou un médecin sexologue, au moment et avec les attentes appropriées.

Une réorientation peut être :

  • préventive : dès que le patient exprime une demande très technique ou centrée sur la sexualité ;
  • complémentaire : en parallèle de la thérapie, pour un travail sexologique spécifique ;
  • médicale : si le thérapeute ou le sexologue clinicien soupçonne une cause organique.

La charte de déontologie du SNSC insiste sur la nécessité de collaborer de manière interdisciplinaire avec des tiers spécialistes, professionnels de la santé, lorsque le sexologue clinicien l’estime nécessaire. L’AIUS, de son côté, promeut explicitement la place du sexologue/sexothérapeute/conseiller en santé sexuelle dans les parcours de soins et de vie, en particulier dans les Coordinations régionales en santé sexuelle (CoReSS).

En résumé, la sexualité en psychothérapie n’est pas un terrain réservé aux sexologues. Elle est un axe de santé que tout thérapeute peut et doit aborder, avec des outils simples et une posture éthique. Le médecin sexologue, le sexologue clinicien non médecin et le thérapeute général ont chacun un territoire précis, mais leurs zones de prise en charge sont complémentaires. La clé est la collaboration : savoir écouter, libérer la parole, approfondir quand c’est pertinent, et réorienter quand c’est nécessaire, pour offrir au patient un parcours de soins cohérent et bienveillant.

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