Jeudi dernier, j’ai fait l’expérience du studio vidéo pour une intervention dans le cadre du parcours Be Free (www.parcoursbefree.fr).
Ce parcours autour de l’hyperconnexion vise à “aider les jeunes à trouver un juste équilibre, préservant leur santé mentale, physique et sociale, pour déployer tout leur potentiel.”
Un beau projet, où les informations sur le temps d’écran, l’usage problématique de la pornographie et les impacts sur la vie réelle sont abordés, mais avec un axe positif : remettre du sens, retrouver d’autres façons de s’épanouir, se révéler, entrer en relation et explorer sa sexualité. Chaque module fait intervenir deux expert.e.s. Blandine et Xavier m’avaient sollicité pour parler pornographie, sexualité et relations intimes pour le 3ème module.
Le parcours Be Free
Destiné aux structures qui accueillent des jeunes, ce parcours qui mêle des séquences vidéo et des activités de réflexion et d’instrospection amène les participants à s’autonomiser.
Plutôt que de relayer un discours moralisateur (les chiffres alarmants pourraient y inciter), le parcours fait un pas de côté pour éclairer les alternatives : comment développer ton potentiel, exprimer tes talens et retrouver davantage de joie et des relations plus satisfaisantes ?
Mon intervention : nuancer le discours alarmiste et insister sur des relations et une sexualité positive
J’ai déjà eu l’occasion d’en parler ici, les études concernant la pornographie présentent parfois des angles et des résultats très différents (ex sur la question de l’accoutumance au porno). On constate une corrélation entre l’usage problématique de pornographie et d’autres enjeux, comme la dépression, l’évitement des émotions et les antécédants de sexualité coercitive (ainsi qu’avec la curiosité sexuelle, ce qui est moins un problème). Mais dans ma veille scientifique, il me semble que les causalités ne sont pas claires pour autant : l’usage problématique crée-t-il des affects dépressifs, ou la dépression peut-elle pousser à augmenter sa consommation de porno ? Le porno imprime-t-il des modèles violents qui mènent à des passages à l’acte coercitifs, ou les personnes qui ne respectent pas le consentement et croient au mythe du viol, par exemple ont-elles naturellement une consommation plus élevée d’images de sexe brut ?
Dans mes consultations, je vois des gens qui ont une consommation de porno qu’ils, elles ou leur partenaire (ce qui n’est déjà pas la même chose) juge excessive, et le mot addiction est souvent prononcé.
Dans le même temps, ils rencontrent des difficultés sexuelles (par exemple une dysfonction érectile avec leur partenaire, une moindre satisfaction, ou une baisse de désir), mais aussi relationnelles.
Cependant, là encore il y a un biais puisque les personnes ayant une consommation non problématique, même si elle est fréquente, ne viennent pas consulter un sexologue.
J’ai tenté dans cette intervention de ne pas généraliser ou asséner des lieux communs concernant la pornographie, de nuancer le propos et de rappeler que tout usage n’est pas considéré comme problématique.
Mais surtout, j’ai tenté de définir les éléments d’une sexualité satisfaisante, enthousiaste, joyeuse, curieuse… éléments qui reposent avant tout sur l’attachement dans le couple : un relation sécurisante permet au système d’exploration, de jeu, de prendre tout sa place.
Dans un couple, la satisfaction sexuelle ne peut se construire que sur une base relationnelle. Lorsqu’un couple se présente dans mon cabinet avec l’un.e des partenaires qui souhaiterait plus de sexe, le chemin pour retrouver cela passe par la relation. Suis-je un.e partenaire à l’écoute, soutenant.e, disponible pour mon ou ma partenaire ? L’indisponibilité affective de l’un.e provoque souvent l’indisponibilité sexuelle de l’autre…
De même, même pour des célibataires, lorsque la sexualité (seul.e ou avec un.e partenaire d’un soir par exemple) devient le seul outil de régulation émotionnelle, la seule stratégie d’attachement pour se calmer en cas de stress ou de tristesse, au détriment du soutien social, alors la légèreté s’évanouit, et la pente vers un usage problématique devient glissante.