Fiches de lecture

Elles accouchent mais ne sont pas enceintes

Une de mes meilleures amies travaille en salle de naissance dans un centre hospitalier. Les histoires qu’elle raconte autour des comportements des bébés suivant la façon dont la maman les accueillait pendant la grossesse me fascinent. Et plus globalement, le déni de grossesse me semble à la croisée de beaucoup d’enjeux humains difficiles mais intéressants.

Les auteurs

Sophie Marinopoulos

Psychologue et psychanalyste engagée, spécialisée dans l’enfance et la famille, elle suit les traces de Dolto et de Winnicott. Ella travaillé 25 ans à la maternité du CHU de Nantes, mais aussi en CMP Henri Wallon, pour les enfants et adolescents.

En 1999, elle a décidé d’échanger son bureau avec sa cuisine, où elle reçoit enfants et familles dans un lieu d’écoute familier. Elle fonde également le lieu d’accueil familial “Les pâtes au beurre”, qui propose une présence préventive pour lutter contre la violence ordinaire dans les familles.

Elle a également co-fondé et co-dirigé la maison d’édition LLL Les Liens qui Libèrent.

Dr Israël Nisand

Gynécologue obstétricien français, chef du département obstétrique des hopitaux universitaires de Strasbourg. Il intervient souvent dans le débat public, sur le sujet du clonage reproductif (qu’il qualifie de crime contre l’humanité, avant de changer d’avis), mais aussi de la GPA ou de la PMA (il cosigne en 2016 une tribune où il reconnaît avoir aidé des couples homosexuels à procréer, en infraction avec la loi, et s’engage pour ouvrir la PMA à ces couples).

Il est mis en cause pour conflit d’intérêt après sa défense acharnée des pilules de 3ème et 4ème génération alors que les laboratoires qui les produisent financent largement ses activités.

Plan de l’ouvrage

1 – Parlons du déni
2 – Il est temps de redéfinir le déni
3 – Les corps du déni
4 – Sens et contresens
5 – Est-ce que cela peut arriver à tout le monde ?
6 – Aider les femmes. Du suivi à l’accompagnement
7 – Les néonaticides
8 – Deux histoires pour illustrer
9 – L’enseignement du déni au regard de la filiation et de la parentalité

Résumé du livre

Le phénomène du déni de grossesse peut sembler tellement étrange au premier abord Comment une femme pourrait-elle ignorer qu’elle est enceinte ? et plus que cela, car il ne s’agit pas seulement de refuser une réalité visible par les autres : comment cette grossesse peut-elle être physiquement invisible ? Tout cela n’est pas évident à accepter, et alimente les discussions de comptoir dès qu’une affaire d’infanticide remet ce trouble sur le devant de la scène.

Cette question revient sur le devant de la scène comme un serpent de mer, à l’occasion d’affaires d’infanticides – et ce depuis plusieurs siècles. Une mère qui accouche seule, tue son bébé, le met au congélateur ou l’enterre dans son jardin, sans que son compagnon n’ait eu la moindre idée qu’elle était enceinte…

La première partie du livre s’attache à reposer les faits, au-delà des fantasmes ou des jugements hâtifs. Elle rappelle que la grossesse n’est pas uniquement un processus biologique, mais que c’est aussi une maturation psychologique qui donner naissance à un bébé, et à une mère. Et que les mécanismes psychologiques du déni, du refoulement, et du clivage peuvent se mêler avec une force surprenante.

Les auteurs rappellent également que ce trouble nait chez des femmes déjà prédisposées, des femmes qui ne font pas de vague, qui ne parlent pas, qui sont gentilles avec tout le monde… des femmes présentant un grave trouble de l’attachement, une “malnutrition affective”, et qui finalement n’ont pas de relations réelles, qui ont nié leur propre intimité.

Mais aussi, ils montrent comment ce trouble est avant tout un trouble de la relation, et combien l’entourage de ces femmes est lui aussi dysfonctionnel dès le départ – les auteurs parlent de déni de la vie corporelle et affective dans une famille ou les émotions ne se parlent pas. Le déni de grossesse a une base collective. Les compagnons de ces femmes notamment, grands naïfs, névrosés ou pervers narcissiques, qui ont clairement une part à jouer dans ce phénomène.

Un rappel sur le corps psychique et l’image de soi permet de rappeler combien, au-delà de son aspect concret et biologique, notre corps est investi par nos émotions, nos pensées, nos conceptions. La grossesse, elle aussi, est donc pour une part biologique, mais également largement psychologique, avec l’attente d’un enfant, la préparation de la séparation de l’accouchement…

Aménorrhée, tonus musculaire du ventre, tous les éléments qui fondent la grossesse semblent étrangement se soumettre à la psyché dans un sens (le déni de grossesse) ou dans l’autre (la grossesse nerveuse). Et lors de la prise de conscience, le corps peut alors reprendre la silhouette attendue en quelques heures.

Enfin, les auteurs reviennent sur le thème des néonaticides (bébés tués à la naissance, par opposition aux infanticides survenant après la naissance), en posant la question de la responsabilité de la mère.

Les auteurs rappellent la procédure d’un accouchement, les mouvements que le bébé doit effectuer pour sortir les épaules une par une… On peut difficilement imaginer la violence de ce que traversent ces femmes qui accouchent seules, par surprise, dans une salle de bain ou des toilettes, sans personne pour les aider…

Lorsqu’on se représente ces scènes, on voit bien que le risque que le bébé meure pendant l’accouchement ou juste après semble malheureusement très élevé. Les auteurs plaident donc, dans les cas de néonaticide, pour retenir dans les verdicts l’altération provisoire du discernement de la mère – surtout lorsque le nouveau-né n’a subi d’autre violence que celle d’un accouchement dans des conditions insoutenables.

Mon point de vue

J’ai trouvé ce livre fascinant.

Tout d’abord pour ses aspects pratiques, pour la meilleure compréhension qu’il offre de ce phénomène impossible au premier abord.

J’avais déjà entendu parler de déni de grossesse, mais j’ai pu approfondir, et comprendre que ce trouble ne frappait pas au hasard, à quel point les notions de désert affectif, de déni des ressentis corporels et émotionnels, sont centrales pour comprendre ces histoires.

J’ai également été intéressé par les aspects de prévention. : d’après les auteurs, dans les cas de néonaticide, on retrouve dans la quasi-totalité des cas des éléments qui pourraient alerter. Des précédents de grossesse découverte et déclarée très tardivement, notamment. Ou même, déjà, de déni de grossesse. Il semble que ces femmes, une fois leur grossesse constatée et reprise en main, soient “lâchées” dans la nature et que l’on ne parle plus de ce problème, qu’elles n’aient aucun suivi psychologique par la suite.

Peut-être est-ce là une contagion supplémentaire du déni, qui irait jusqu’à toucher l’institution médicale.

Je ne sais pas si cela a évolué depuis, si désormais on accompagne les femmes qui vivent un tel épisode après leur accouchement. J’espère. Je me renseignerai.

Pour aller plus loin…

Manon a fait un déni de grossesse, témoignage vidéo (Brut)
Déni de grossesse, comment savoir si on en fait un ? (Parents Magazine)
Comment expliquer le déni de grossesse ? (Science et Avenir)

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