Études

Qui sont les sexologues en France ?

Dans le cadre de ma reconversion professionnelle, je me penche sur la profession de sexologue. La profession de sexologue est non réglementée, mais elle est néanmoins assez structurée par des diplômes, des modes de pratique et des grandes façons de se présenter (sexologue, sexologue clinicien, psycho-sexologue ou sexothérapeute…)
Alors qui sont les sexologues en France ? combien y en a-t-il ? quelle est leur formation, leur âge ?

Des études nationales sur la profession de sexologue en 1999, 20009 puis en 2019 permettent de voir de grands changements en cours.

Les premiers chiffres qui ressortent de l’étude de 2019 viennent tout juste d’être publiés, et ils montrent une lame de fond qui se confirme depuis les deux enquêtes précédentes : ce qui a d’abord été vu comme une spécialisation médicale est en train de sortir du cadre strict de la médecine, et là où 2/3 des sexologues étaient médecins et 2/3 également étaient des hommes, les ratios se sont complètement inversés.

L’inversion du ratio de sexe :
sexologue, une profession désormais féminisée

En 1999, seul environ 33% des sexologues étaient des femmes,
en 2009 elles atteignaient 63% des effectifs.
En 2019 83% des sexologues sont des femmes.

Le ratio s’est donc inversé, et la sexologie est désormais une profession exercée très majoritairement par des femmes.

Une majorité de sexologues non médecins, mais pour beaucoup formés à la santé sexuelle

Rappelons que la sexologie est un métier non réglementé en France.
Il n’y a aucun diplôme ou prérequis pour s’inscrire dans l’annuaire en tant que sexologue.

On trouve donc différents cas de figure :
• Des soignants (médecins, infirmières, sages-femmes, kiné, …) ayant suivi le DIU (Diplôme Inter Universitaire) pour se spécialiser. Les médecins sexologues peuvent alors prescrire des traitements si besoin.
• Des soignants et non soignants qui ont suivi une formation privée, qui peut être longue (l’école de psycho sexologie propose une formation sur 3 ans, avec un programme assez proche de celui du DIU) ou courte (certains organismes proposent des formations sur 15 jours).
Ils travaillent alors en synergie avec les médecins, et renvoient leurs clients chez un médecin généraliste, un spécialiste ou un psychologue en cas de besoin.
• Enfin, des sexologues qui n’ont aucun diplôme.

En 1999, les deux tiers des sexologues étaient des médecins – un tiers spécialistes et un tiers généralistes – et seul un tiers des sexologues était non médecin.
En 2019, les sexologues sont à 67% des non médecins.
Cependant, ils restent plutôt formés, puisqu’ils ont pour 62% d’entre eux un diplôme en sexologie ou en santé sexuelle.

Cependant, la question de la légitimité et de la prédominance des médecins reste posée, puisque les médecins interviennent davantage comme conférenciers dans les congrès de sexologie.

Et au fait, à quoi servent les sexologues ?

D’après une enquête de Doctissimo, les principales raisons qui poussent les personnes à consulter un sexologue seraient :

Pour les femmes, la difficulté à atteindre l’orgasme (mais aussi la question comment faire jouir ma partenaire ?). Y compris les femmes qui simulent depuis longtemps et ne savent plus comment aborder cette question.

La question de la normalité : suis-je normal ? mon corps, mon appareil génital, ma façon de me masturber ou d’atteindre l’orgasme, mes fantasmes… tout cela est-il normal ?

Les troubles de l’érection (dysfonction érectile) et l’éjaculation précoce (ou plutôt éjaculation rapide) – mais aussi parfois des hommes qui n’ont pas de problème réel, mais qui se mettent la pression pour atteindre une performance sexuelle.

Les douleurs pendant la pénétration (dyspareunie), les vulvodynies/vestibulodynies ou le vaginisme.

La baisse de désir (chez les hommes que chez les femmes).

Les difficultés liées à une mauvaise image du corps (du sien, de celui de l’autre, des odeurs ou des fluides corporels…) – ou simplement au fait de ne pas ou plus se sentir désirable, par exemple à la ménopause.

​Et enfin, l’absence totale de sexualité – des personnes ou des couples qui n’ont pas eu de rapports sexuels depuis des années et ne savent plus comment redémarrer la machine.

Il va de soi qu’au delà, ou en parallèle de ces difficultés individuelles, les problématiques relationnelles conjugales (infidélité, fréquence des relations sexuelles, difficulté de communication, difficulté sexuelles pendant la grossesse ou après l’arrivée d’un enfant…) sont également des motifs de consultation pour les sexologues.

Cependant, cet article commence à dater, et il me semble qu’avec #metoo, et #metooinceste, les cabinets de sexologie pourraient être en première ligne pour accueillir la parole qui se libère concernant les abus sexuels.
En tous cas, je me prépare à cela, et au-delà de ces problèmes sexuels classiques, j’essaie de me former au mieux pour accompagner les victimes de viol et d’agression sexuelles.

Liens & études

L’étude la plus récente sur le métier de sexologue :
La profession de sexologue en France en 2019 : résultats préliminaires d’une enquête nationale [PDF]

Un article qui résume certains chiffres de cette étude :
Qui sont les sexologues ? [santementale.fr]

Les professionnels de la sexologie en France, quelques évolutions.
Premiers résultats de l’enquête nationale (2009)
[Science Direct, PDF]

Sexologue, une spécialité pas si récente
(chiffres basés sur l’enquête 2009, désormais inversés)

Sexologue, une profession en manque [Libération Next, 2006]

Profession sexologue ?, article de Alain Giami, Patrick de Colomby dans Sociétés contemporaines 2001/1-2 (no 41-42), pages 41 à 63

Vous avez dit sexologue ? (qui sont les sexologues en France ?) – article sur le site sexoblogue

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