Sexologie (notes de cours)

Baisse du désir ou de l’excitation sexuelle ? Les troubles du désir sexuel

Le désir sexuel a longtemps fait peu parler de lui.
Le désir des hommes était tenu pour acquis, stable, et moteur – et le désir des femmes vu comme plus fragile, presque optionnel à une époque, mais finalement pris en compte.

Mais entre le stress de la vie actuelle et la montée en puissance de la notion de consentement – y compris dans le couple – le désir sexuel revient sous le feu des projecteurs, pour les hommes comme pour les femmes.

Le manque de désir, ou inhibition du désir sexuel, est désormais une cause fréquente de consultation d’un sexologue…

Désir et excitation, deux phases liées mais qui peuvent être distinguées l’une de l’autre

Les sexologues américains Masters & Johnson avaient repéré quatre phase dans la réponse sexuelle humaine : l’excitation, le plateau, l’orgasme et la résolution.
Helen Kaplan, en ajoutant le désir à ce modèle quelques années plus tard, permet de mieux comprendre les troubles du désir et de l’excitation, en séparant ces deux moments.
Le problème est-il dans la tête ou dans le corps ? Est-ce que je pense encore au sexe, ou plus du tout ?
Le trouble ne sera pas abordé de la même façon s’il se situe à l’endroit du désir (la personne n’a jamais envie de faire l’amour ou de se masturber, ou même le sexe n’est pas un enjeu pour elle), ou de l’excitation (la personne a envie de rapports sexuels mais ne concrétise pas, par exemple à cause d’une dysfonction érectile).

Qu’est-ce que le désir ?

Pour considérer les troubles du désir, il faut commence par définir quelques notions :

Le besoin sexuel, c’est la tension biologique

Il s’appuie sur un système fondé notamment sur l’équilibre hormonal et la régulation des centres hypothalamiques, qui régissent notre vie instinctuelle (humeur, besoin d’endorphines, …).
Il s’agit essentiellement d’un phénomène physiologique.
Chez la femme, l’équilibre se fait entre folliculine et progestérone – plus un peu de testostérone.
Chez l’homme, c’est essentiellement la progestérone qui soutient cette tension (mais un taux élevé de prolactine peut la perturber).

Un équivalent pour l’alimentation serait « j’ai faim ».

À lire :
Baisse de la libido chez l’homme (article centré sur les aspects hormonaux, MDSM)

Le désir sexuel est un phénomène psychologique

Le désir sexuel, c’est une traduction du besoin sexuel dans l’esprit conscient. Il se traduit par une « envie de » (pour reprendre la métaphore, « j’ai envie d’une gaufre »).
Il repose sur le besoin sexuel, mais n’est pas totalement confondu avec lui (je peux avoir envie d’une glace même si je n’ai pas faim)

LE DÉSIR, UN PHÉNOMÈNE COMPLEXE ET MULTI-FACTORIEL

De nombreux facteurs influencent le désir sexuel.
Gilles Trudel (2003) les regroupe en 5 dimensions :
cognitive (les idées liées à la sexualité, mais aussi les croyances aidantes ou limitantes)
• comportementale (notamment la variété des comportements sexuels)
émotionnelle (quelles émotions nous renvoie notre sexualité)
biologique (le besoin sexuel et l’équilibre hormonal, mais aussi les séquelles d’une opération par exemple)
interpersonnelle et relationnelle (une relation conjugale conflictuelle ou harmonieuse…)

La baisse du désir sexuel – méthodes d’évaluation et de traitement
TRUDEL, G., ed. Masson, 2003

L’aspect cognitif et comportemental : croyances et renforcements

Renforcements positifs et négatifs

Le plaisir ressenti lors d’une expérience de rapports sexuels agréable nous laisse un souvenir de satisfaction, qui déclenche le désir de renouveler l’expérience.
À l’inverse, une expérience douloureuse nous laisse un souvenir pénible, qui va plutôt entraîner un évitement de cette activité sexuelle dans l’avenir : une inhibition.
L’expérience n’a pas besoin d’être consciente : des traumatismes sexuels de l’enfance, même refoulés, peuvent provoquer des inhibitions très forte dont la personne ne comprend pas l’origine.

Cette articulation imagination / désir permettra de favoriser le désir en s’appuyant sur une expérience positive (sensations physiques agréables, sentiment d’être aimé, plaisir de l’orgasme) pour favoriser un renforcement positif.

Croyances aidantes et croyances limitantes

En fonction de notre éducation, du milieu familial, social, religieux, de nos rencontres, nous nous sommes forgé à l’enfance et à l’adolescence un certain nombre de croyances, positives ou négatives. Elles conditionnent notre vision du monde, nos actions, et en général s’auto-entretiennent.
Il existe de nombreuses croyances limitantes en lien avec la sexualité, qui vont bloquer le désir.

Les croyances limitantes sur le plan sexuel peuvent être liées des représentations de normalité liées au corps (la taille du pénis, la taille de la poitrine, du ventre) ou à la performance (la rapidité de l’érection, le nombre de fois…), d’anatomie (mon vagin est trop petit pour qu’un pénis puisse entrer sans me faire mal) d’idéologie sexuelle (la masturbation est un truc honteux, la sexualité doit être centrée sur la pénétration), ou encore des représentations des rôle sexuels (l’homme est actif la femme est passive).

Des croyances à base de « je dois… » ou « il faut… «  (…que l’acte sexuel se termine par un orgasme, par exemple), et globalement d’objectifs de performance, risquent également de transformer une activité plaisante en devoir exigeant, et diminuer de beaucoup son attrait !

Gilles Trudel rappelle également la croyance limitante peut-être la plus répandue : « Le développement sexuel s’effectue spontanément de façon naturelle »

À lire :
Manque de libido : quelles en sont les causes ? (Le Figaro Santé)
Problèmes de libido chez la femme : un trouble fréquent mais mal connu (Planete Santé)

La motivation

Même sans désir, ou avec un désir faible, on peut avoir d’autres raison de vouloir faire l’amour.
Quelques exemples :
• Pour faire plaisir à l’autre
• Pour faire un enfant
• Pour montrer son engagement, son amour
• Pour se déstresser
• Pour atteindre un but stratégique (statut social, financier, vengeance personnelle)
• Pour se sentir désirable, booster son estime de soi
• Pour se sentir sexuellement « efficace », par perfectionnisme
• Pour garder l’autre (ou par peur de l’abandon ou du rejet)

Les femmes semblant avoir davantage de motivations émotionnelles que les hommes (Burleson, Todd & Trevathan, 2007).
Ces motivations peuvent être vécues avec légèreté dans le couple.
Mais elles peuvent également être ressenties comme des contraintes douloureuses qui forcent à accepter un acte que l’on redoute ou qui fait mal… se forcer ainsi pourra entraîner ensuite d’autres troubles sexuels.

BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE

Désir sexuel hypoactif chez l’homme : prise en charge en médecine sexuelle (Revue Médicale Suisse)

La baisse du désir sexuel : Méthodes d’évaluation et de traitement
TRUDEL, G., ed. Masson, 2003